Cheikh Ahmadou Bamba: vie et œuvre

Dans l’introduction de la plupart de ses ouvrages sur les Sciences religieuses, CHEIKH AHMADOU BAMBA s’annonce en ces termes : « Ahmad, l’indigent spirituel, fils de Ahmad… », « Ahmad, descendant de Abîballāh de la Famille Mbacke… » ou encore « Muhammad, fils de son Maître spirituel Muhammad ».
CHEIKH AHMADOU BAMBA est donc Muhammad ben Muhammad ben Habîballāh. Il nous parvint par la grâce de DIEU au mois de Muharram 1272.H soit l’an 1855 à Mbacke, une localité du Bawol, au Sénégal du temps des royaumes.
Son père, Muhammad MBACKE, plus connu sous le nom de Maam Moor Anta Sali MBACKE était un éminent jurisconsulte, un érudit qui enseignait le Coran et les Sciences religieuses.
Sa mère, Mariama BOUSSO, plus familièrement surnommée Maam Jaara BOUSSO était un symbole vivant de la piété et de la soumission. Elle était pétrie de hautes qualités morales qui lui valurent le surnom de « Jāratul-lāh » (Voisine de DIEU).

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Le contexte de l'apparition de Cheikh Ahmadou Bamba

Nous sommes dans la seconde moitié du XXème siècle, la conquête coloniale va s’achever. C’est la pacification. La mainmise de la France est effective sur toute l’étendue du Sénégal. Les résistants locaux sont presque tous vaincus ; beaucoup de princes héritiers vont être formés pour servir les intérêts supérieurs de la puissance coloniale. Le processus d’assimilation et d’acculturation est désormais enclenché. C’est dans ce contexte particulier que Celui qui allait devenir Xaadimu Rasûl vit le jour en 1853-54.

Il faut noter, avant d’aller plus loin, que le nombre d’écrits consacrés à CHEIKH AHMADOU BAMBA, de son avènement à ce jour est impressionnant. Mais, pour nombreuses et variées qu’elles soient, ces études peuvent se répartir en quelques catégories seulement.

Une première catégorie, initiée par Paul MARTY est surtout le fait d’« africanistes » occidentaux. Généralement commanditées par l’Administration coloniale, ces études se caractérisent par la subjectivité, la suspicion et un défaut de sympathie manifeste vis-à-vis de leur sujet.

Une autre catégorie, plus objective, mais pas suffisamment démarquée de la première a été entreprise par des intellectuels qui ont cependant le mérite de s’intéresser aux œuvres du CHEIKH et au vécu des mourides. Cheikh Tidiane SY, Fernand DUMONT et V. MONTEIL peuvent y être rangés.

Il y a également une troisième catégorie d’études, souvent inédites, entreprises par des auteurs proches du CHEIKH et très au fait des réalités des mourides. C’est de cette source, la moins connue, complétée par les multiples sermons et causeries des Autorités du Mouridisme que nous nous inspirerons dans notre relation.

De l’enfance de SERIGNE TOUBA, nous signalerons simplement sa caractéristique essentielle : les attitudes et les habitudes de piété, de bonne conduite morale, et un comportement exécrant l’amusement, l’indécence et le péché.

Vers la trentaine, il avait épuisé toutes les disciplines de la connaissance de l’époque en matière de sciences religieuses et instrumentales. Le véritable point de départ de son hagiographie est marqué par le rappel à DIEU de son père en 1882.

Entretemps, CH. A. BAMBA a produit de nombreux ouvrages dans le domaine des sciences islamiques : « fiq » (jurisprudence), « tawhîd » (théologie) « taçawwuf » (soufisme) etc.…

A partir de 1883 donc, des changements radicaux intervinrent dans son itinéraire spirituel. Sa plume se mit exclusivement au service de la réhabilitation de l’Islam en général et des panégyriques du PROPHETE (PSL) en particulier.

C’est l’époque où S. TOUBA exerça une influence grandissante qui ne laissa indifférents ni ses contemporains, ni l’Administration coloniale.

Les souverains locaux, les dignitaires religieux, tous parlaient de lui. Les disciples affluaient de partout. Il émigra à Mbacke Bawol, puis à Dāru Salām avant de fonder TOUBA qui deviendra le sanctuaire du mouridisme en 1888.

Sept ans après – et au terme d’un contrat qu’il signa avec le PROPHETE MUHAMMAD (PSL)-, il quitta TOUBA pour s’installer à Mbacke Bāri au Jolof.

C’est là où le 10 Août 1895, Serigne TOUBA est arrêté par les Autorités coloniales et exilé peu après au Gabon.

A ce propos, il nous paraît intéressant de noter que, pendant que l’Administration coloniale était satisfaite d’éloigner un « récalcitrant », CH. A. BAMBA lui, rendait grâce à son SEIGNEUR de lui avoir permis d’assumer les épreuves qui allaient lui faire acquérir tout ce qui constituait l’objet de sa quête.

 Serigne Saliou MBACKE, alors Khalife Général des Mourides nous apprenait que c’est au jour du départ du CHEIKH en exil que DIEU lui accorda tout ce à quoi il aspirait. C’est le 18ème jour du Mois lunaire de SAFAR, en l’an 1313 de l’Hégire. C’est ce jour là que l’on commémore par le Grand Magal de TOUBA.

Après un peu plus de 7 ans dans un milieu biogéographique particulièrement hostile, le CEIKH fut ramené au Sénégal, auréolé de gloire et plus populaire que jamais. C’était en Novembre 1902.

Un an plus tard, ce sera de nouveau les épreuves avec un éloignement en Mauritanie, puis une assignation à résidence à Céyén (Jolof) et finalement la résidence obligatoire à Diourbel.

Le rappel à DIEU survint en 1927, après un séjour terrestre de 72 années exclusivement réservées à l’adoration de DIEU et au service de SON ENVOYE (PSL).

Source : Un aspect de la poésie « wolofal » mouride. L’éducation morale et spirituelle de l’aspirant (al murid) dans la production de Serigne Mbay JAXATE, Mamadou LÔ, L’Harmattan, juin2020.

Voir aussi Minanul Baqîl khdim… de Serigne Mouhamadou Bachir MBACKE et Irwâ u-nadîm… de Serigne Mouhamadou Lamine DIOP Dagana et Cheikh Ahmadou Al Khadim le Serviteur du Prophète Mouhammad et le Leader spirituel de Amadou Bamba Khadim Mountakha Mbacké